Noire n’est pas mon métier : Et si c’était beaucoup plus que ça?

Aissa Maiga met le doigt là où ça fait mal.

Ça fait déjà quelques années que je fais un constat assez amer, le cinéma français a encore du mal à ne pas faire jouer un acteur noir, arabe, asiatique et j’en passe sans qu’il faille le justifier.

Je m’explique :

  • Citez-moi 3 films français dans lesquels un noir ne joue pas « le rôle du noir ». Dans lesquels un arabe ne joue pas « le rôle de l’arabe ».

  • Pourriez-vous me citer 3 noms d’acteurs asiatiques français ?

Vous séchez ? Moi aussi.

Le livre « Noire n’est pas mon métier » qu’Aissa Maiga vient de sortir avec 15 autres actrices noires. Cela m’a immédiatement rappelé cette réflexion que je me fais à chaque fois que je vais voir un film et que j’y vois un acteur ou une actrice « non blanc ». Alors ? Est-ce que son appartenance ethnique ou religieuse sera un « justificatif » de sa présence dans le film ?

Et bien je vous le donne en mille ! 9 fois sur 10 c’est le cas…

Aissa Maiga dit justement qu’on ne lui a souvent proposé que des rôles de femme de ménage immigrée, de prostituée « féline » etc. Elle explique qu’elle s’est souvent vu refuser un rôle parce que « Tu ne peux pas avoir le rôle, elle s’appelle Sandrine et elle est avocate… ». WTF ?

Lors de leur passage dans l’émission « On n’est pas couchés » de Laurent Ruquier, Firmine Richard aborde le sujet des quotas et approuve cette idée. Si ça peut permettre de faire entrer cette diversité dans les mœurs et la rendre, à terme, plus naturelle. Est ce la bonne solution selon vous? Les Etats-Unis utilise cette « technique » depuis 1964 et je dois dire que j’ai toujours kiffé voir des casting aussi mixtes. Aussi bien dans les séries que dans le cinéma. La juste représentation de la vie quoi!

Firmine et Aissa regrettent simplement le fait que le cinéma français soit en retard par rapport à sa société.

Les 16 actrices balancent, sans jamais citer de nom, toutes les anecdotes auxquelles elles ont fait face et qui s’entremêlent bien souvent. Alors quand est ce qu’on cessera ces stigmatisations constantes à base de « tu es trop noire pour jouer une métisse… » « Tu parles africain ? »… Le plus triste étant certaines actrices ont eu du mal à accepter de dénoncer ce qui est on ne peut plus flagrant dans nos salles obscures, pour pouvoir continuer à travailler.

Nous vivons dans un pays dans lequel le métissage ne cesse de s’affirmer. Il suffit simplement de sortir de chez soi pour le constater. Alors faisons avancer les choses ! Si le mouvement #metoo a inspiré nos 16 comédiennes, espérons que leurs voix s’élèvent et que leurs diverses expériences, qu’elles prennent parfois avec humour (et un peu de recul aussi), face évoluer les mœurs et le septième art français.

Finalement j’ai l’impression que la seule solution trouvée pour faire jouer les « minorités » est de s’embourber dans un cinéma communautaire très fort. Le plus souvent en le faisant avec humour. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu », par exemple, « L’Ascension » ou encore « Il était une fois dans l’Oued ». Pour ne citer qu’eux.

Evidemment l’idée n’est pas de dire qu’on ne peut pas faire ce genre de films et qu’il faut monter au créneau à chaque fois. Il en faut pour tous les goûts et de nombreux films sont très bons ! « Divines » est à mon sens un chef d’œuvre, par exemple. Et je vous ai récemment fait tout un éloge de « Voyoucratie ».

Non ce qui me pose problème c’est « Et après » ?

Est-ce qu’Oulaya Amamra, qui n’a plus à prouver son talent, restera cantonnée à des rôles de banlieusardes rebelles ? Est-ce qu’on reverra Karidja Touré avant un éventuel « Bande de filles 2 » ? Est-ce qu’on cessera enfin de constamment justifier la présence de certains acteurs ou actrices uniquement par leur appartenance ethnique ?Est-ce que tous les acteurs ne sont pas censés pouvoir tout jouer ? Et de la manière la plus naturelle possible ? A croire, parfois, que les rues de France n’abritent que des ariens.

Said Taghmaoui s’exprime également très bien dans cette interview (regardez là jusqu’au bout ça vaut le coup!), en voiture avec Alexandre Delperrier. Il explique pourquoi il est allé aux Etats Unis et pourquoi il a trouvé là-bas ce que la France ne lui proposait pas.

Parce que là encore, NON arabe n’est pas son métier.

 

Étiqueté , , , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *