Who’s… Sandrine DeGuilhem, programmatrice culturelle pour la ville de Nanterre?

Sandrine DeGuilhem et Faada Freddy
  • Présente-toi en quelques mots

Je m’appelle Sandrine, je suis programmatrice culturelle à Nanterre depuis 1999. Avant ça j’étais à Nova, j’ai lancé le premier magazine, Nova Magazine avec une équipe en 1995, je sortais de la fac.

On a lancé le premier City Magazine.

On parlait de tout ce qui se passait dans la ville. Tout ce qui était urbain. Pas forcément le Hip Hop, mais vraiment tout ce qui était urbain.

Alors ça pouvait aller du petit potager bio, au spectacle de danse,…

A Nanterre je connaissais le directeur qui était en place à l’époque et il voulait développer le Hip Hop mais n’y connaissait pas grand-chose.

Il avait beaucoup de demandes de rappeurs etc. Donc il m’a demandé de venir pour développer cette partie. Il avait besoin de quelqu’un qui aimait ça et qui s’y connaissait un peu. Ça m’a tout de suite plu.

Par la suite on m’a demandé de développer d’autres choses, je ne fais pas que ça.  Je m’occupe d’une grande partie des musiques « actuelles » en passant par la soul, la pop et le hip hop.

C’est un peu la couleur musicale que j’ai mis ici après.

  • C’était quoi tes ambitions ?

Je me destinais pas du tout à ça à la base ! Moi j’ai fait des études de psycho.

Enfin, aider les autres faisait sans doute partie de ce que j’avais envie de faire.

J’ai toujours eu cette envie de travailler avec les gens. Faire de l’argent c’était pas forcément ce que j’avais envie de faire. Vendre des trucs dont j’me fous ça ne m’intéressait pas. J’ai toujours eu envie de travailler avec l’humain ça c’est sûr.

« Mort Subeat » Edition 1 – Nanterre 2018

  • Et maintenant tu fais quoi ?

Ce qui est bien dans mon boulot, c’est qu’il y a une partie très classique qui est la programmation :

  • Travailler avec des bookeurs
  • Négocier des tarifs
  • Essayer de repérer celui qui va bientôt monter
  • Celui qui est déjà installé pour essayer d’ouvrir un large panel d’artistes intéressants aux Nanterriens et aux autres.

En travaillant pour une ville, ce qui est important c’est de trouver un équilibre.

Je ne peux pas mettre un artiste qui ne balance que des insultes. Il a le droit d’exister mais je ne peux pas faire ça pour une municipalité. Même si j’ai envie de le programmer. Donc il y a tout un équilibre à trouver entre ça et du rap qui voudrait rien dire. Mais ça va il y a pleins de possibilités donc c’est plutôt bien.

Moi ce qui m’intéresse c’est tout ce que je peux développer autour d’une programmation.

Comme des projets avec Faada Freddy, Kery James, … Des projets où on travaille avec des gens pour faire du lien.

Récemment on a fait un projet avec Faada Freddy et une cinquantaine de personnes. Avec le département on a travaillé avec le Chorus des Hauts de Seine, mais également avec la Seine Musicale.

Faada Freddy à Nanterre

Aujourd’hui ce que j’ai envie de développer, c’est vraiment le lien entre les gens à travers la culture. Enfin surtout à travers la musique ou la danse.

Pour moi finalement l’artistique n’est parfois qu’un prétexte pour que les gens se rencontrent.

Avec Faada on a travaillé sur des tranches d’âge qui vont de 11-12 ans à 67 ans. Et avec des gens qui viennent de partout. Je veux vraiment qu’il y ait des gens qui viennent de tous les quartiers. Et là on a travaillé avec des gens qui venaient d’autres villes. Donc c’est super enrichissant pour tout le monde.

Du coup tout le monde enlève un peu les aprioris qu’ils peuvent avoir les uns sur les autres. Les jeunes sur les vieux parce que c’est des vieux cons et les vieux sur les jeunes parce que c’est des jeunes cons.

Ça permet vraiment de travailler ensemble, que les gens se rencontrent et puis se disent bonjour quand ils se recroisent.

J’ose espérer que c’est une petite goutte pour qu’à un moment on arrête de se taper dessus et de s’entre-tuer. Tout cet aspect-là me semble très important dans mon travail.

Avec Kery James c’était la même chose. On avait fait un travail sur l’écriture l’année dernière et pareil, il y avait des très jeunes et des moins jeunes. Et c’était super aussi.

Il se passe vraiment des vrais trucs, c’est ça qui est intéressant. Les gens se dévoilent. Des gens qui n’osent pas parler parlent. Que ce soit des jeunes ou des vieux d’ailleurs.

Kery James en atelier à Nanterre

C’est l’épanouissement ! C’est super important l’épanouissement personnel.

Alors l’idée c’est pas d’en faire des Beyonce mais si les gens peuvent se dire « oh c’est génial » et ressortir de là un peu plus sûrs d’eux c’est bien aussi ! Ça fait partie de nos missions dans le service public.

Je suis programmatrice culturelle, oui, mais ça n’englobe pas que de faire de la diffusion. Le but c’est pas que de programmer des gens connus dans mon boulot.

Ça englobe la programmation et l’organisation des actions culturelles. C’est plus large que simplement programmer.

C’est aussi du repérage. Il y a aussi un dispositif qu’on a mis en place avec une équipe et que je gère surtout en rap. C’est un Open Mic qu’on fait une fois par mois. Une scène ouverte pour les rappeurs. Il existe depuis une dizaine d’années et y’a vraiment des rappeurs qui viennent de partout. C’est un truc de ouf ! Et ils ne viennent pas par hasard. Ils viennent vraiment pour participer à cet Open Mic.

Nous avec ça, on fait du repérage. C’est à dire que quand on sent que quelqu’un est bon, il y a plusieurs solutions. Soit on le met en première partie d’un concert ici ou de choses qu’on organise à l’extérieur comme « la semaine de ouf ».

Ensuite je travaille avec Mass un rappeur du BOSS avec qui on organise des choses et qui nous apporte un œil expert.

Notamment « Element de masse ». On repère ensemble 4 éléments, 4 rappeurs et il les met en scène et pas seulement sur scène. C’est à dire qu’il va travailler avec leur personnalité. Il va les faire travailler dans un univers. Et on travaille aussi avec le conservatoire. On aime créer du lien. On travaille avec des jeunes qui sont musiciens au conservatoire en musiques actuelles.

Ce concert se place en 2 temps.

  • 1e temps : il a travaillé autour de leur univers aux rappeurs avec leurs sons etc
  • 2e temps : il travaille avec des musiciens qui ont repris des morceaux un peu standard du hip hop et tout est en live.

C’est gratuit et l’idée est que les gens viennent avec soit des fournitures scolaires, soit des fringues.

En décembre on est parti au Congo pour faire un « Elément de masse » avec des jeunes de là-bas et on donne tout ce qu’on a récupéré ici dans des orphelinats.

C’est un bel événement et un bon tremplin.

Ensuite on les reçoit. Un de mes collègues les accompagne à trouver tous les dispositifs qu’ils peuvent trouver pour avoir de l’argent. Faire le Buzz Booster ou d’autres tremplins nationaux. On essaye de les accompagner comme ça. Ça me plait et c’est pour ça que je ne suis pas partie.

 

  • Pourquoi être restée à Nanterre toutes ces années ?

Je voulais venir à Nanterre parce que c’est vraiment une ville qui m’intéresse par sa structure mais aussi par sa politique. On peut ne pas être politisé mais force est de constater que certains font les choses et d’autres non.

Donc là le choix est clairement d’accompagner. Même si, moi Sandrine, je pense qu’on peut encore faire évoluer les choses, c’est quand même une ville qui accompagne donc pourquoi aller ailleurs ?

Ici on peut proposer des choses et c’est souvent accepté donc il n’y a jamais de routine. L’humain et les projets sont différents et on fait des rencontres à chaque fois. Donc si je m’en vais un jour c’est pour faire totalement autre chose. Mais pas pour aller ailleurs. A part si on me propose un truc où il n’y a que du Hip Hop, là j’y vais ! (rires) Mais autrement non je suis bien ici. Ça m’intéresse toujours de développer les choses ici.

Jusqu’en 2013 on était rattachés à la jeunesse. Parce que, historiquement, malheureusement dans les villes, les musiques actuelles, en particulier le hip hop, sont rattachés à la jeunesse. Pas à la culture.

Donc en 2013, la ville nous a enfin rattaché à la culture, pour des raisons de « reconnaissance » dirons-nous. Tant mieux !

On est une équipe qui nous occupons de la maison de la musique et de la maison Daniel Fery mais historiquement je suis plus rattachée à Daniel Fery.

MASS aka Massika

D’autant plus que la maison de la musique a déjà son directeur artistique Dominique Laulanay

  • Avec qui travailles-tu ?

Ici on a une équipe permanente avec un Régisseur lumière, un régisseur son, une personne qui s’occupe de tout ce qui est « accompagnement des pratiques amateurs en musiques actuelles ». Dans mon équipe j’ai aussi 2 personnes en charge des relations publiques. Elles travaillent sur toutes les actions culturelles que moi et Dominique mettons en place.

On a une chargée de communication qui s’occupe de toute la communication sur internet et qui gère également notre tout nouveau site :

www.maisondelamusique.eu

On a une chargée de prod et enfin une administratrice secrétaire générale.

 

  • Qu’est-ce qui te motive dans la vie ?

Les gens et les relations humaines.

 

  • Quelles sont tes passions ?

La danse. Je danse pour le plaisir, je ne me produis pas sur scène. Mais je danse bien !! Je travaille aussi pour voyager et faire de la plongée

 

  • Quel est ton dernier concert ?

C’était la semaine dernière, un spectacle de danse de la Compagnie Rualité avec Bintou Dembélé, une chorégraphe qu’on a accompagné sur son dernier spectacle.

Elle était en résidence ici pendant une semaine durant laquelle elle a travaillé avec les danseurs. Pendant 4 mois on a travaillé avec Zy’va au petit Nanterre, une association avec des Mamans et des jeunes. On a fait pas mal d’actions culturelles avec elles autour de la thématique de la mémoire.

Bintou Dembele

C’est ça que j’ai aimé dans sa proposition. C’était de travailler sur la mémoire qu’on ne nous donne pas forcément. C’est à dire qu’il y a une mémoire, celle dominante et puis les autres que les gens ne prennent pas vraiment en considération. Tes ancêtres etc. Donc j’ai trouvé ça super intéressant. Pour moi si t’as pas vraiment tes racines ou qu’on t’en coupes, tu t’en invente d’autres qui ne sont pas forcément les bonnes. C’est un peu ce qui se passe en ce moment à mon sens. Je trouve qu’il y a des gens qui se réfèrent à des trucs qui ne sont pas forcément leur vraie vie ou leurs vrais choix.

Donc elle travaille sur la mémoire et on a visionné des documentaires de Alice Diop sur l’amour en banlieue. C’est pas toujours des sujets évidemment mais c’est pour ça qu’il ne faut pas le faire. Alice Diop, c’est elle qui a fait le court métrage « Vers la tendresse » qui avait été primé à Cannes l’année dernière.

Je trouve ça touchant et c’est important d’en parler.

Bintou a envie de faire parler et participer les gens des quartiers populaires. Et moi aussi. Parce que je viens d’un quartier populaire aussi et ça me touche. 

 

  • Un lieu à nous conseiller?

Venice Beach à Los Angeles!

 

  • Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite?

Qu’on puisse continuer à bien travailler sur Nanterre autour de tout ça, puisqu’à priori la maison Daniel Fery va fermer. Qu’on puisse continuer à faire ce travail important de lien social sur le territoire.

Et puis j’ai repéré un jeune sur les Open Mic et j’aimerais que ce soit le futur rappeur de 2019 ! Il s’appelle Soul J.

 

  • On fait tourner les réseaux?

 

Une partie de l’équipe Moohood sera sur place pour vous faire partager cet événement national! Le concert est gratuit. Il suffit simplement d’apporter des vêtements ou quelques fournitures.

Et vous y découvrirez la crème du nouveau rap français! What else??

 

Venez nombreux!

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